vendredi 17 juillet 2015

16e dimanche - année B


Pourquoi l’homme a-t-il été créé un vendredi ? Vous excuserez cette étrange question. Bien sûr, si tant est que la science nous permette encore de parler de la création de l’homme, il est évident qu’il n’y avait, à l’époque de Lucy ou de l’homme de Tautavel, ni jours de la semaine, ni aucun calendrier. Pourtant, la Bible (qui a aussi son mot à dire sur la création) rapporte, selon un calendrier liturgique parfaitement établi, que l’homme et la femme ont été créés le « sixième jour » (Gn 1, 31) – ce qui, selon le décompte juif, indique la veille du sabbat, c’est-à-dire notre vendredi. Dans le texte de la Genèse, cette indication possède une valeur symbolique : l’humanité est le sommet, le couronnement de la création ; Dieu ne donne naissance à l’homme et à la femme que lorsque l’univers entier a été construit pour leur bien-être.
A partir de ce fait symbolique, tel qu’il est présenté dans le vieux récit de la Genèse, Paul élabore une autre interprétation : le texte de la Genèse n’est pas seulement symbolique, nous dit Paul, il est aussi prophétique. L’Apôtre présente en raccourci l’œuvre de Jésus, en disant :

« il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau
en faisant la paix,
et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps
par le moyen de sa croix » (Ep 2, 15-16).

Pourquoi Jésus est-il mort un vendredi ? Voilà une autre question insolite. Jésus est mort un vendredi parce que les circonstances historiques ont précipité son arrestation et que son exécution fut décidée en hâte avant la fête de la Pâque (Mt 26, 5 ; Jn 19, 31). Aussi, les raisons qui ont déterminé le jour de la mort de Jésus paraissent bien contingentes ; c’est un flot d’événements que personne ne semblait maîtriser qui, dans une impatience irraisonnée, a décidé de la date. Cette lecture du fait historique est plausible, mais Paul indique une autre lecture plus spirituelle : en mourant historiquement un vendredi, Jésus accomplit ce que le texte symbolique de la Genèse annonçait prophétiquement, la création d’une humanité renouvelée. La création de l’homme est dite avoir été accomplie symboliquement un vendredi pour montrer que l’humanité est le joyau de la création. Mais l’humanité n’a pas tardé à se dévoyer et la haine, la guerre, la division, sont trop rapidement le contexte habituel des misères humaines quotidiennes. Et Dieu ne voulait pourtant pas anéantir cette humanité qu’il avait créée « avec sagesse et par amour »[1] ; mais il ne pouvait non plus se résigner à la laisser périr, à l’abandonner à ses mauvais choix. C’est pourquoi il a voulu, à partir de cette humanité qui périclitait, créer une humanité nouvelle. Et le Vendredi Saint accomplit, par la croix de Jésus, la promesse de renouvellement qui était contenue dans l’acte créateur.
Ce n’est pas d’une manière anodine, en effet, que Paul parle de « créer » un « Homme nouveau » (Ep 2, 15). Les mots sont exactement choisis pour mettre en correspondance Adam et Jésus. Ailleurs, Paul dit, en parlant du Christ : « Adam préfigure celui qui devait venir » (Rm 5, 14). Et il dit encore : « Le premier homme, Adam, devint un être vivant » (1Co 15, 45 ; Gn 2, 7), mais la vie biologique reçue par Adam est devenue, par le péché, mort spirituelle. Et Adam n’a pu désormais transmettre à ses descendants, en même temps que la vie, que la mortalité. Mais, ajoute Paul : « le dernier Adam – le Christ – est l’être spirituel qui donne la vie » (1Co 15, 45).
Nous avons été créés par le don de la vie ; mais cette vie est devenue guerre, injustice, violence et mort ; la vie transmise par Adam était devenue un « mur de la haine » (Ep 2, 14). Alors le Christ lui-même est mort à cause de nos guerres, de nos injustices et de nos violences. Mais, dans sa mort, « par sa chair crucifiée » (Ep 2, 14), il a fondé une humanité nouvelle. Nous avions été créés pour la paix ; Jésus nous a recréés par la réconciliation.
Ayant conscience de cela, il nous est urgent de faire un sérieux examen de conscience : car on ne voit pas que l’humanité ainsi fondée à nouveau soit tellement paisible. Certes, nombreux sont les hommes qui vivent encore sans le Christ et qui se déchirent dans la guerre, la violence et la terreur, n’ayant pas encore connu l’évangile. Mais même parmi nous, parmi les chrétiens, des inimitiés subsistent, qui sont plus scandaleuses encore, parce que nous savons, nous, que le Christ « a tué la haine » (Ep 2, 16). Comment se fait-il que nous ressuscitions quotidiennement la haine que Jésus a tuée, chaque fois que nous sommes agressifs, égoïstes, rancuniers, envieux, indifférents à nos frères ? Le message de l’évangile, que Paul résume, est celui-ci : la réconciliation que le Christ a accomplie sur la croix est l’acte de notre création nouvelle. L’engagement que cela exige de nous est d’être fidèles à cette logique – il n’y a pas d’autre moyen d’être chrétiens.




[1] cfMissel Romain, Prière eucharistique n° 4. 

vendredi 10 juillet 2015

15e dimanche - année B


Le ministère du prophète Amos est un des faits spirituels les plus étranges de l’ancien Testament. Cet homme, venu à Béthel à l’occasion d’une fête religieuse (probablement l’équinoxe d’automne qui marquait le nouvel an[1]) était un homme ordinaire, un pèlerin comme un autre, qui n’avait aucune dignité, aucun statut particulier. Arrivé au sanctuaire, scandalisé de ce qu’il voit, comprenant que ce culte pitoyable ne peut aucunement rendre honneur à Dieu, saisissant aussi avec une étonnante lucidité l’hypocrisie d’une telle liturgie pratiquée par des hommes pécheurs, Amos s’enflamme d’une sainte colère (cf. Jn 2, 13-17), d’une ardeur qui ne vient pas de lui et improvise un discours d’une étonnante vigueur, perturbant ainsi le déroulement de l’action rituelle en cours. C’est ce que décrit le petit passage entendu aujourd’hui (Am 7, 12-15).
Le prêtre Amazias est le responsable du sanctuaire, celui qui a la charge de veiller au bon déroulement du culte ; il est le gardien de l’ordre établi. On comprend sa réaction : il ne peut laisser un inconnu gêner par ses imprécations la sérénité de la liturgie. On imagine que si, au cours d’une messe, quelqu’un se mettait à vociférer dans l’église, on lui demanderait gentiment de se taire. Il serait inconvenant de tolérer un tel chahut. « Arrête de prophétiser » (Am 7, 13) lui demande donc le prêtre. Mais Amazias, qui n’est pas bête, et qui comprend que cet homme porte un message authentique dans ses insultes contre le temple et contre le roi, lui conseille d’aller prophétiser ailleurs : « va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda » (Am 7, 12)[2]. C’est comme s’il lui disait : « tu dénonces la décadence du culte et tu annonces la ruine de la royauté, et tu as peut-être raison de nous mettre en garde, ton message vient de Dieu ; mais va dire cela aussi dans les autres sanctuaires, car ce message vaut aussi pour eux – et maintenant laisse-nous tranquilles ».
Amos, qui est probablement dépassé par la force spirituelle qui s’est emparée de lui, donne alors une réponse très étrange : « Je ne suis pas prophète » (Am 7, 14)[3]. Tout le monde pourtant, Amazias y compris, reconnaît qu’Amos est vraiment un prophète : « Toi, le voyant » (Am 7, 12) lui dit-on pour montrer qu’on ne doute pas de la vérité de sa parole. Et pourtant Amos, qui est prophète, se refuse à lui-même cette dignité : « Je ne suis pas prophète ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce de la fausse modestie ? Est-ce une fuite ? Cela serait indigne. Il semble plutôt qu’Amos ait – comme prophète – une vive conscience qu’il ne peut pas dire « je suis ». Dieu seul, lorsqu’il révèle son nom à Moïse, a pu dire en toute vérité : « JE SUIS » (Ex 3, 14). Lui seul existe vraiment. Lui seul existe par lui-même. Et si nous existons nous aussi, nous devons d’abord reconnaître que Lui existe et que notre existence dépend de la sienne, de sa sagesse et de sa bonté. Nous ne pouvons faire de notre existence un absolu, une évidence ou une propriété privée. Il appartient donc à la réalité du ministère du prophète de se nier lui-même, afin de pouvoir annoncer un message qui ne vient pas de lui : « si quelqu’un veut venir à ma suite – dira Jésus – qu’il se renie lui-même » (Mc 8, 34). Amos a déjà compris cette logique : si un prophète doit annoncer la parole de Dieu, il faut qu’il renonce totalement à sa dignité de prophète.
Mais il faut quand même que le prophète qui se renie lui-même atteste de la véracité de son message. Aussi Amos avoue : « le Seigneur m’a saisi » (Am 7, 15). C’est comme s’il disait qu’il est prophète, mais sans dire « je suis ». S’il disait « je suis prophète », Amos se mettrait au centre de l’attention et il ne pourrait plus annoncer le Seigneur ; en disant « le Seigneur m’a saisi », Amos décentre le regard de ses auditeurs qui sont invités à considérer non pas l’homme qui parle, mais Dieu qui s’adresse à eux par la voix de cet homme.
Que faut-il donc pour annoncer la parole de Dieu ? Amos nous montre comment un homme est totalement dépossédé de lui-même, comment il est saisi, comment la Parole s’est emparée de lui. Il vient avec une force qui n’est pas la sienne ; il vient sans aucun prestige ; il est rabroué par les prêtres, par les notables de la religion officielle. Il annonce comme malgré lui un message qui le dépasse. Que faut-il pour annoncer l’évangile ? Faut-il avoir de la prestance, du pouvoir, de l’élégance ? Faut-il être bien mis pour en imposer par une apparence respectable ? Jésus, au contraire, « prescrivit de ne rien prendre (…) ; pas de pain, pas de sac, pas d’argent (…) pas de tunique de rechange » (Mc 6, 8-9). Ce sont des apôtres démunis et vulnérables que Jésus recrute ; ce sont des évangélisateurs pauvres et sans aucune grandeur mondaine que l’Eglise envoie, pour que le message de bonheur et de dénuement de l’évangile ne soit pas trahi, « pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ » (1Co 1, 17).




[1] Nous nous appuyons sur ce qu’André Néher retient de l’hypothèse de J. Morgenstern : « c’est à Beth-el qu’Amos a prononcé son seul et unique discours, très exactement “en l’an 751, le Jour du Nouvel An, jour de l’équinoxe d’automne, dans la demi-heure qui débuta un peu avant l’aurore et qui s’acheva quelques minutes après le lever du soleil” » (A. Néher, Amos – Contribution à l’étude du prophétisme, Vrin, Paris, 1981 ; p. 31 ; cfJ. Morgenstern, Amos Studies, Cincinnati, 1941).

[2] La terre sainte était alors divisée en deux royaumes : le centre religieux du royaume du Nord (Israël) était Bethel, ou prophétise Amos ; le centre religieux du royaume du Sud (Juda) était Jérusalem. Amazias suggère donc à Amos d’aller prononcer ses malédictions dans ce sanctuaire concurrent.

[3] La traduction liturgique dit : « Je n’étais pas prophète » ; toutefois, en l’absence de verbe conjugué dans le texte hébreu, on peut dire également : « Je ne suis pas prophète » ; la traduction littérale serait : « pas prophète, moi ». 

vendredi 3 juillet 2015

14e dimanche - année B


Dans l’évangile, il y a deux choses qui étonnent Jésus : la foi de quelques centurions romains qui demandent un miracle (Lc 7, 9), et la défiance des membres de sa famille et de ses proches qui l’empêche d’accomplir des guérisons (Mc 6, 6). Et Jésus en déduit cette loi spirituelle : « Un prophète n’est déshonoré que dans son pays, sa parenté et sa propre maison » (Mc 6, 4). Et Jésus, curieusement, ne se révolte pas contre cette opposition qu’il rencontre ; il ne condamne pas ceux qui le refusent, il fait quelques guérisons en passant, et il s’en va. Jésus voulait sans doute faire plus de bien à ses proches, à ces gens qu’il connaissait et qu’il aimait. Mais en constatant que cela n’est pas possible, en voyant qu’ils ne sont pas capables de recevoir de lui le témoignage de la bonté de Dieu, Jésus n’insiste pas, il ne reproche rien. Simplement, il part, il va plus loin. Cette loi selon laquelle un prophète n’est pas fait pour les siens est donc comme approuvée par Jésus : aucun prophète n’a pour mission de convertir les gens de sa famille.
Ceci est particulièrement important pour vous tous, baptisés, qui avez une mission prophétique. Le jour de votre baptême, le prêtre vous a dit en effet : « Désormais tu es membre du corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi ». Par cette prière, l’Eglise confie à tous les baptisés un rôle de témoignage, d’annonce ; nous n’avons pas besoin de chrétiens honteux d’être chrétiens. Au contraire, avec courage, un chrétien peut – et il doit – faire tout ce qui lui semble possible pour annoncer un peu de cet évangile par lequel tous les hommes doivent être sauvés. Mais voilà, un chrétien, un prophète, possède aussi une famille. En ces moments de vacances, en cette période estivale, vous allez sans doute revoir vos familles. C’est l’occasion de retrouvailles, de rencontres, de fêtes ; et vous voilà donc, prophète, au milieu de ceux qui vous sont les plus proches, pour lesquelles vous avez une affection familiale authentique.
Ce que l’évangile d’aujourd’hui nous suggère, c’est que vous, chrétiens et prophètes, vous ne soyez pas pour les vôtres des prophètes. Imaginez que (disons) votre neveu vienne vous trouver pour vous dire : « Je suis prophète, et au nom de Dieu je vous annonce que votre vie est intolérable et que vous êtes dans le péché jusqu’au cou ; je vois déjà les flammes de l’enfer venir s’emparer de votre âme si vous ne vous convertissez pas ! ». Que penseriez-vous d’une telle déclaration de votre prophète de neveu ? A juste titre, vous penseriez que c’est un insolent, un redresseur de torts, un reproche vivant qui ferait mieux de se taire, de commencer par se convertir lui-même et de vous laisser en paix. Ce que ce prophète impertinent et maladroit vous aura dit pourrait d’ailleurs être le plus exact du monde, mais il n’avait pas, lui, à vous le dire. Il y a des vérités qu’il faut laisser à d’autres le soin de proclamer.
Si Jésus lui-même, qui était irréprochable, a été délicat au point de ne pas heurter les siens par un discours prophétique (qui aurait été parfaitement juste et mérité), combien plus nous, baptisés, prophètes pécheurs, pleins de mesquineries et de lâchetés, devons-nous nous taire lorsque nous sommes tentés de faire la leçon aux gens de notre famille.
Mais alors que faut-il faire ? Car lorsqu’on voit dans sa famille des rancunes inutiles, des méchancetés gratuites, des haines sans raison, des injustices blessantes, que peut-on faire, si on n’a pas le droit de les dénoncer ? La réponse est inconfortable : si on veut suivre l’attitude de Jésus, il faut faire un peu de bien là où l’on peut et ne pas insister. Se taire, mais prodiguer ici ou là de petites attentions qui seront autant de signes discrets qui apporteront un petit soulagement, un apaisement passager. On aurait aimé faire plus : en dénonçant publiquement les torts de tout le monde on s’imagine qu’on aurait résolu tous les problèmes, reconstruit une famille où tout le monde s’aimerait désormais dans la paix et la bonne entente ! Pourquoi se contenter de rendre seulement des petits services ? Mais non ; accuser tout haut n’aurait servi à rien, sinon à aggraver les inimitiés ; la paix familiale ne sort jamais d’un règlement de compte. Aider en secret est peu de chose, mais c’est un peu de bien – et c’est cela qui compte. Au moment des rencontres familiales, priez aussi, pour vous et pour ceux que vous allez retrouver. Vous connaissez tous leurs défauts et ils connaissent tous les vôtres ; vous leur en voulez peut-être et ils vous en veulent parfois. Une petite minute de prière sera incapable de clore tous les conflits, mais vous aidera à passer ensemble ce moment familial dans une entente, fragile peut-être, mais bien réconfortante. Chrétiens, baptisés, prophètes, avec les vôtres, ne soyez pas prophètes ; ils n’ont pas besoin de vos oracles. Mais priez pour vos familles, c’est cela qui pourra apporter un peu de paix.


vendredi 26 juin 2015

13e dimanche - année B


« Dieu n’a pas fait la mort » (Sg 1, 13).
Quelle parole étrangement belle, quel paradoxe magnifiquement serein ! A force de voir des gens, des familiers, des amis, mourir autour de nous, à force de lire dans les journaux les titres catastrophiques et les avis de décès, il se peut que nous ayons perdu l’évidence de cette vérité : « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants » (Sg 1, 13). Car lorsque deux vérités semblent en concurrence, nous avons tendance à nous arrêter à celle qui est la plus visible, pour laisser de côté celle qui est la plus réelle. C’est vrai, nous sommes touchés, blessés, à chaque fois que la mort vient nous enlever l’affection d’un proche. Et de cette blessure, qu’on appelle pudiquement le deuil, on ne guérit pas ; c’est une blessure durable. Pour autant, n’est-il pas plus vrai encore que Dieu est source de vie ? Et ce serait une faute logique de penser qu’il puisse y avoir une contradiction en Dieu : Dieu source de vie serait-il également source de mort ? Dieu qui est vivant et vivifiant se situe tout entier du côté de la vie, et il n’est nullement lié avec la mort. Il n’y a entre lui et la mort aucune complicité possible.  
Il nous faut donc arrêter d’accuser Dieu lorsque la mort nous révolte. Lorsqu’un homme meurt, ce n’est pas Dieu qui l’a tué – il est absurde de penser cela. Au contraire, si la mort nous révolte, comprenons que Dieu est bien plus révolté, bien plus attristé que nous : « il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants » (Sg 1, 13). Car à chaque fois qu’un homme meurt, cela rappelle l’échec originel du projet de Dieu. Il les avait « tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie » (Sg 1, 14). Tel était le projet du Créateur en faveur de ses créatures. L’intention de Dieu se situe toujours du côté de la vie, de « la vie en abondance » (Jn 10, 10), de « la vie éternelle » (Dn 12, 2 ; Mc 10, 17 ; Jn 10, 28 ; etc.).
Mais alors, d’où vient la mort ? Elle ne vient pas de Dieu – c’est dit. Mais d’où vient-elle ? A cette question la Bible n’apporte qu’une réponse allusive, imagée, métaphorique. C’est le très vieux récit du Jardin (Gn 3). Sans retenir tous les symboles contenus dans ce texte difficile, relevons simplement le nom de cet arbre par lequel tout est arrivé : « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Gn 2, 17). Qu’est-ce que cela signifie ? Cela indique que le projet de Dieu était que l’homme et la femme connaissent le bien, et que l’homme et la femme ont choisi de connaître le bien et le mal. Au bien sans mélange que Dieu prévoyait, qui devait s’épanouir en pur amour, pur bonheur, pure vie, l’homme a voulu substituer un bien mélangé avec du mal… qui donne de l’amour et de la haine, du bonheur et du malheur, de la vie et de la mort. Désormais, par la folie de l’homme, le mal a été greffé au bien, la mort a été greffée à la vie. Désormais, on ne peut plus vivre sans devoir mourir un jour. Il n’est pas possible de comprendre ce choix de l’humanité ; c’est une décision irrationnelle, sans fondement, aléatoire. Le mal est sans raison, et donc incompréhensible. On ne peut pas comprendre la mort. La question : “Pourquoi la mort ?” ou bien : “Pourquoi untel est-il mort ?” sont de fausses questions, de mauvaises questions, qui conduisent le plus souvent à mettre Dieu en accusation. La seule vérité, c’est que « Dieu n’a pas fait la mort » (Sg 1, 13) et que la mort n’a pas de raison d’être, ni aux yeux des hommes, ni aux yeux de Dieu. Dieu n’a pas voulu la mort, il ne l’a pas créée, et, en fait, il ne s’y résigne pas.
Car voilà toute la force de la foi biblique. Une fois que le non-sens de la mort est débusqué, Dieu ne nous laisse pas dans le désarroi de notre souffrance, seuls face à l’absurde. L’auteur sacré ajoute que la mort n’a pas le dernier mot : « La puissance de la mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle » (Sg 1, 14-15). Si, dans un premier regard désespéré nous avions constaté que nos proches disparaissent les uns après les autres, nous découvrons aussi qu’il y a des choses qui demeurent : la justice est immortelle, l’amour est immortel, la vérité est éternelle. Et cette éternité que nous voyons à l’œuvre sur terre n’est qu’un reflet de l’éternité de vie que Dieu veut nous donner. En constatant, dans la douleur, que l’amour ne s’éteint pas dans la mort, nous pressentons déjà, en espérance, que la vie est éternelle et que ceux qui nous ont quittés ne sont pas détruits, qu’ils ne sont pas anéantis. Les miracles de résurrection que Jésus a accomplis (Mc 5, 21-43 ; Jn 11), et, surtout, la lumière du matin de Pâques apportent désormais la preuve définitive sur toutes ces questions : le Christ est mort et ressuscité. Alors que nous avons voulu connaître le bien et le mal, la vie et la mort, alors que nous avions associé le malheur au bonheur, le Christ nous sauve en greffant la résurrection sur la mort. Désormais, il n’est plus possible de mourir sans ressusciter ; voilà ce qu’ont vu quelques femmes apeurées et un groupe de disciples un peu lâches, un dimanche matin, devant un tombeau sans cadavre : vie – mort – résurrection. Parce que, dans la péripétie de l’histoire humaine, seule la bonté de Dieu est vraiment définitive.


jeudi 18 juin 2015

12e dimanche - année B


« Frères, l’amour du Christ nous saisit » (2Co 5, 14). Dans cette confidence, saint Paul nous révèle quelque chose de cette expérience mystique qui l’a terrassé sur le chemin de Damas. Le texte grec suggère même une certaine violence, une certaine urgence : c’est avec empressement que la charité du Christ est à l’œuvre. En un instant, alors qu’il était animé de sentiments de vengeance, saint Paul a été « saisi », bouleversé par l’amour délicat et fort de Jésus qui se manifestait à lui. Et cette rencontre décisive l’a conduit à devenir Apôtre, à consacrer désormais toute son énergie, toute son intelligence à connaître et à faire connaître « l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Ep 3, 19).
Il nous est bon de revenir ainsi, avec saint Paul, sur ce qui fait le dynamisme de l’apostolat de l’Eglise. Ce qui frappe d’abord l’Apôtre, c’est le contraste : « un seul est mort pour tous » (2Co 5, 14). Il est difficile, aujourd’hui comme hier, d’imaginer que tous les hommes puissent se convertir au Christ. Dans nos familles, dans notre entourage, nous avons parfois le sentiment d’être le seul chrétien. Et c’est vrai, lorsqu’on se dit chrétien, on se sent vite un peu isolé. Cela est une souffrance ; mais c’est aussi quelque chose qui est inscrit dans la logique même du Christianisme. Jésus aussi était seul sur la Croix, abandonné même par ceux qui auraient dû le soutenir alors (Jn 16, 32). Et ainsi, seul, il est mort pour tous. Paul également a vécu cela : rejeté par les Juifs qui se sentaient trahis, mal accepté par les chrétiens qui s’en méfiaient, il devait se sentir parfois bien seul et incompris (2Co 11, 24-33). Chacun, à sa mesure, dans les circonstances particulières de sa propre vie, peut faire cette douloureuse expérience. Mais la logique du Christianisme dépasse cette solitude. On a beau se croire un chrétien isolé, privé de soutiens humains, on peut donner à sa vie une valeur universelle. Car le rôle de l’Apôtre, du prêtre, du chrétien, c’est, à la suite du Christ, de prier pour tous, de croire pour tous, d’aimer pour tous, de vivre pour tous. Si le chrétien, conscient de sa solitude, passe sa vie à s’y complaire ou à s’en lamenter, cela ne va pas bien loin. Mais justement, « le Christ est mort pour que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes » (2Co 5, 15), sur leurs petits désarrois ou leurs grands problèmes, leurs petites inquiétudes ou leurs grandes souffrances. Non, un chrétien ne passe pas son temps à se regarder dans un miroir et à hésiter. Le chrétien regarde le Christ mort et ressuscité, et ainsi, il est poussé à se tourner vers les autres pour les aimer et pour les servir.
Si le Christ était resté dubitatif quant à sa mission d’aimer et de sauver les hommes, si saint Paul avait passé sa vie à se plaindre des adversités qu’il rencontrait, si les chrétiens se laissaient aller au repli et au découragement, alors plus personne ne saurait que Dieu veut sauver tous les hommes. Thérèse de Lisieux avait vu, avec une étonnante lucidité, ce qui se passerait si le découragement venait à l’emporter sur la charité : « Je compris – dit-elle – que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Eglise, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang »[1]. Imaginez, en effet, ce que serait cette Eglise de muets, de peureux, d’indécis, de lâches… quel mauvais témoignage cela serait quant à la charité ! Quel piètre spectacle cela ferait alors que Dieu nous a aimés !
Mais si saint Paul a donné sa vie pour les Eglises qu’il fondait, si chaque prêtre souffre pour les fidèles qui lui sont confiés, si chaque chrétien prie pour sa famille et ses proches, alors la mort de Jésus « pour tous » pourra réellement, concrètement, rejoindre tout homme. Il est inutile de répéter comme un dogme absolu que Jésus est mort pour tous les hommes en restant tranquillement assis sur sa chaise, en se réfugiant dans un confort douillet et égoïste, en se désolant à la première contrariété. Ce serait démentir en acte cette vérité de la foi. En revanche, celui qui, sachant que Jésus est mort pour tous, est « saisi par l’amour du Christ » au point de consacrer sa vie, dans l’Eglise, au service de ses frères, celui-là traduit la vérité dans ses actions.
Evidemment, ce serait mieux que tous les hommes aient accueilli le message de Jésus ; il serait plus digne, même, que Jésus ne soit pas mort, qu’il n’ait pas été tué ; ou bien, à la rigueur, il aurait été moins lamentable que Jésus ne soit pas mort seul, que quelques uns de ses disciples aient eu la force de tenir avec lui dans la foi et l’aient accompagné dans son offrande ; saint Pierre (Mt 26, 35 ; Mc 14, 31) et saint Thomas (Jn 11, 16) ont eu l’illusion d’avoir ce courage. A ce compte là, il aurait mieux valu qu’Adam n’écoute pas Eve et qu’Eve ne soit pas tentée par le serpent… mais cela, c’est de la fiction ; on voit bien que la réalité est différente et que c’est dans ce monde réel quil nous faut annoncer en parole et en actes l’amour de Dieu pour les hommes. Il reste donc le mystère de cette solitude, austère, aride, profonde ; c’est un fait, indéniable : « un seul est mort pour tous ». Mais si nous avons le sentiment d’être chrétiennement seuls, alors nous pouvons nous associer à la solitude du Christ, et découvrir dans cette communion la grâce de vivre et de prier avec lui pour tous les hommes.




[1] Thérèse de l’Enfant Jésus, Manuscrit B, 3 v°. 

jeudi 11 juin 2015

11e dimanche - année B

Les deux paraboles de l’évangile (Mc 4, 26-34) ont en commun de parler d’une semence : qu’il s’agisse du blé ou de la graine de moutarde, le sens est le même, chargé de toutes les images portées par une société agricole. Explorons quelques-uns de ces symboles.

Il faut tout d’abord relever que les semailles sont un renoncement ; tout le principe de l’agriculture est là : il s’agit de s’abstenir de consommer une partie de la récolte pour assurer la récolte de l’année suivante. Si un grain de blé donne un épi de trente grains (cf. Mc 4, 8 ; 20), et si je veux avoir l’an prochain la même récolte que cette année, il me faut épargner un trentième de la récolte de cette année pour avoir de quoi semer ce qui me nourrira l’an prochain. Le fondement de l’agriculture est donc qu’on ne peut pas tout consommer ; c’est un principe de modération. C’est un petit renoncement au profit d’une fécondité future. Notre société ‘‘de consommation’’ a oublié ce que cela voulait dire : renoncer. Cela voulait dire qu’on pouvait avoir faim alors qu’il restait du grain qu’il était interdit de consommer. Cela exigeait de la maîtrise de soi pour ne pas hypothéquer l’avenir. Il y a là quelque chose qui ressemble au règne de Dieu.
Ensuite, il faut remarquer que le grain de blé ou la graine de moutarde sont mis dans le sol, pour parler clairement : ils sont inhumés. Jésus remarque autre part que le grain de blé jeté en terre « meurt » (Jn 12, 24) avant de produire son épi. Dans les sociétés agricoles, qui sentaient mieux que nous les rythmes de la nature, on avait l’habitude de se représenter la succession des saisons, comme les étapes d’une vitalité perpétuelle : à la mort hivernale succédait cette résurrection qu’est le printemps et cette maturité estivale. La mort et la résurrection faisaient partie de la nature et on comprenait bien que seule la mort peut conduire à la résurrection, de même que seul l’hiver ramène le printemps. Les sociétés agricoles étaient donc mieux capables de comprendre que la mort de Jésus était comme un hiver qui ne pouvait être sans espoir ; au contraire, à cette mort devait succéder une résurrection et une fécondité (et, dans le cas du Christ, c’est cela qui, vraiment, était définitif). Jésus est sorti vivant de son tombeau et ses disciples ont porté l’évangile sur toute la terre. Le Christ est mort seul, et sa résurrection a fait naître l’Eglise. De même le grain de blé meurt seul et fait naître l’épi ; la graine de moutarde meurt seule et produit ce bel arbuste potager. L’épi est au grain de blé ce que l’Eglise est au Christ. Voilà quelque chose qui nous indique le règne de Dieu.
Enfin, Jésus souligne qu’il y a dans cette admirable fécondité quelque chose de mystérieux. Le semeur lui-même n’y comprend rien : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Mc 4, 27). Le jardinier, qui connaît les plantes, qui n’ignore rien des rythmes de la natures ni des secrets du climat, ne peut que constater avec émerveillement ce mécanisme étrange de mise en terre, de mort, de décomposition, de résurrection et de fécondité. Dans une société religieuse, il n’est alors pas difficile d’attribuer à la bonté de Dieu cette loi naturelle de la fructification : « Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu » (1Co 3, 7). Il y a là quelque chose qui enseigne ce qu’est le Royaume de Dieu.
Dans notre monde qui ne sait plus renoncer, qui ne sait plus attendre, qui veut cacher la mort pour ne plus croire à la résurrection, on refuse d’attribuer à la bonté de Dieu le mystère de cette germination bienfaisante. Et pourtant, ce signe du royaume, dans sa simplicité, est là qui nous invite à croire et à espérer : « Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’Avènement du Seigneur. Voyez le laboureur : il attend patiemment le précieux fruit de la terre jusqu’aux pluies de la première et de l’arrière-saison » (Jc 5, 7). Celui qui sait lire le Royaume dans les petites réalités de la nature, celui-là est capable d’une vraie espérance : il renonce aujourd’hui pour attendre mieux demain ; il est capable de modérer son appétit aujourd’hui en vue d’une fécondité non seulement future, mais éternelle. Alors le renoncement d’aujourd’hui est déjà une plénitude, car pour ceux qui croient, pour ceux qui espèrent, Dieu est dès maintenant la source de toute bonté et de toute joie spirituelle.


vendredi 5 juin 2015

Fête du Saint Sacrement - année B

Les textes que nous venons d’entendre (Ex 24, 3-8 ; He 9, 11-15 ; Mc 14, 12…26) ont en commun de parler du « sang » (Ex 24, 6 ; 8 ; He 9, 12-14 ; Mc 14, 24). Dans la mentalité moderne, le sang est une substance devant laquelle on est mal à l’aise. On parle de sang en médecine, comme vecteur ou indice de maladies ; on parle de sang en cas de blessures accidentelles ; on parle de sang en matière criminelle, quand il y a meurtre. Le sang est lié à un péril, à une violence. Il nous faut faire un effort pour retrouver la mentalité biblique et mieux comprendre pourquoi le Christ nous a laissé, pour son mémorial, un rite de sang.

Le sang, en hébreu (dam) est probablement nommé d’après sa couleur rouge. Des mots de la même famille désignent la terre glaise, ocre, dont a été fait Adam, ou le vin tiré des raisins vermeils. Au-delà de cette définition visuelle du sang, le langage biblique va reconnaître dans le sang le lieu de la vie : le sang, c’est l’âme. Dans une formule archaïque étonnante, le sang est identifié au souffle : « car la respiration de toute chair, c’est le sang » (Lv 17, 14). C’est pourquoi, parce que la vie est sacrée, le sang est également sacré : on ne doit pas verser le sang des hommes ; on ne doit pas verser le sang des animaux n’importe comment.
Et l’auteur biblique réfléchit encore sur ce qu’est le sang et se demande : pourquoi Dieu a-t-il fait que la vie soit contenue dans le sang, et pas seulement dans le souffle ? La réponse qu’il donne est naïve et admirable tout ensemble : Dieu a mis la vie dans le sang pour que la vie puisse être offerte en sacrifice. On imagine mal qu’on puisse faire un sacrifice par un rite de souffle, un rite dont la matière serait de l’air. Cela serait invisible, imperceptible. Or il faut bien qu’un sacrifice soit une liturgie, et donc que, de quelque façon, il soit visible. Ainsi, pour offrir une vie en sacrifice il est possible de faire un rite de sang. Pourquoi Dieu a-t-il placé la vie dans le sang ? A cette question Dieu lui-même répond : « moi, je vous l’ai donné pour l’autel » (Lv 17, 11) ; Dieu nous a donné le sang pour l’autel, pour l’offrande, pour que nous puissions faire d’une vie vécue, une vie offerte. On comprend alors que, dans la religion archaïque, on ait conclu les alliances avec du sang : conclure une alliance, c’est décider d’avoir une vie commune ; c’est donc avoir un sang commun. Et Moïse couvre l’autel du sang et, avec ce même sang, il asperge le peuple : « voilà le sang de l’Alliance » (Ex 24, 8).
Au soir du jeudi saint, Jésus a fait la même chose, et il a fait bien plus. Il a fait la même chose en ce qu’il a versé du sang pour conclure une Alliance ; il a fait bien plus en versant, non pas un sang symbolique tiré d’un animal, « mais son propre sang » (He 9, 12 ; cf. Ac 20, 28 ; Rm 3, 25 ; He 13, 12. Que devons-nous comprendre ? Le sang de Jésus n’est pas seulement celui d’un homme qui a été condamné et exécuté selon le droit romain. Le sang que Jésus a versé est le signe qu’il nous a offert sa vie ; plus encore ce sang est sa vie offerte. Evidemment, les circonstances ont été violentes sur la Croix : regarder un homme se vider de son sang dans de telles conditions est insoutenable. Mais ce n’est pas la violence qui est le plus important ni le plus réel. Ce qui est le plus fondamental, c’est que Jésus offre à chaque homme sa vie. Lorsque vous recevez la communion (même si vous ne communiez qu’au pain consacré) vous recevez le corps livré de Jésus et le sang versé de Jésus. Il ne vous est pas demandé de subir la violence qu’il a subie ; il ne vous est pas demandé d’endurer les tortures qu’il a endurées. Il vous est demandé d’accueillir sa vie en tant qu’elle est une vie qui vous est offerte : « pour vous » (Lc 22, 20) ; « pour la multitude » (Mc 14, 24).
Jésus n’a pas seulement donné sa vie – comme on dit de quelqu’un qu’il donne sa vie pour une cause. Jésus n’a pas seulement donné la vie – comme on dit que des parents ont donné la vie à leurs enfants. Jésus a donné sa vie de la manière la plus réelle qui soit en nous offrant ce qui constitue le siège de la vie de tout homme, son sang, et en le donnant dans l’offrande ultime et définitive qu’il a fait de lui-même en notre faveur : son sang était pour l’autel, pour le sacrifice, pour l’Alliance, pour la vie offerte, pour nous. Dans chaque eucharistie, en contemplant le mystère du sang versé, du sang que Dieu nous a donné pour l’autel, nous découvrons avec émerveillement que la vie ne vaut que dans la mesure où elle est offerte. Vivre, ce n’est pas posséder la vie ; vivre, c’est offrir la vie. L’eucharistie nous montre que Jésus avait compris cela ; en communiant, nous montrons que nous voulons, nous aussi, comprendre et vivre cela. Certes, ce n’est pas simple ; mais entrer dans une telle intelligence oblative, c’est vraiment devenir libre.

Illustration: corbeille de pains, détail d'un sarcophage chrétien (Arles).