jeudi 23 octobre 2014

30e dimanche - année A



Pour une fois, le texte de l’évangile que nous venons d’entendre (Mt 22, 34-40) est d’une simplicité que j’ose dire biblique. Il n’y a aucune dureté, aucune image difficile, aucune agressivité de la part des auditeurs. Jésus délivre le message le plus important du christianisme dans un contexte de relative sérénité. Que dit donc Jésus ? On lui pose une question sur la loi de Moïse, on lui demande quel est le commandement le plus important. Jésus cite tout d’abord le premier commandement du Décalogue : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » (Dt 6, 5) ; il cite ensuite un petit commandement tiré du Lévitique : « Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur » (Lv 19, 18). En citant le Décalogue, Jésus indiquait une valeur sûre, connue et reconnue par tous ; en citant un petit commandement du Lévitique, il indiquait un texte plus marginal. Le Lévitique regorge de commandements un peu entassés dans un fourre-tout législatif ; ce sont des prescriptions juridiques, cultuelles, morales, et on a du mal à y voir clair lorsqu’on lit ces textes mal organisés. Mais Jésus, lui, y voit clair, et il sait mettre en lumière ce qui est vraiment important ; et il dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Cette enseignement de Jésus ne pose pas de problème particulier.
La chose la plus étonnante, que je voudrais évoquer plus longuement, c’est que Jésus dit que ces deux commandements sont « semblables » (Mt 22, 39). Il est donc semblable d’aimer Dieu et d’aimer son prochain comme soi-même. D’où vient cette similitude ? Pour découvrir cela, il faut toujours aller relire la première page de la Bible : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance » (Gn 1, 26). Ainsi, aimer Dieu et aimer l’homme qui est semblable à Dieu se trouvent situés dans une profonde cohérence. Saint Jean affirme, d’une manière tout à fait claire : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1Jn 4, 20-21).
Le message du Christ indique donc les droits de Dieu, qui se fondent sur la bonté et la puissance de notre Créateur ; mais le message du Christ indique également les droits de l’homme qui se fondent sur sa dignité d’avoir été créé à la ressemblance de Dieu. Et il y a entre ces deux exigences une telle harmonie qu’on ne peut léser l’homme sans offenser Dieu, on ne peut renier Dieu sans blesser l’humanité. On voit bien que ceux qui méprisent la dignité humaine commettent un péché contre Dieu lui-même. C’est pourquoi l’Eglise a à cœur de proclamer la noblesse de l’homme et qu’elle dénonce tout ce qui peut obscurcir la conscience de cette dignité ; elle s’oppose à ce qui avilit la nature humaine. Parallèlement, on voit aussi qu’une société qui rejette Dieu se déshumanise ; nous en avons le désastreux spectacle dans notre monde moderne. Et c’est pourquoi l’Eglise proclame sans cesse que l’homme ne peut vivre sans Dieu et que Dieu doit être le premier servi, que lui seul doit être adoré.
Le malheur de l’homme vient de ce qu’il cherche à s’aimer lui-même en oubliant Dieu. L’homme pense que le confort et l’estime de soi lui procureront un vrai épanouissement. Jésus vient ici rappeler qu’il est bon de s’aimer soi-même ; les ravages de la ‘‘haine de soi’’ ne nous sont pas inconnus et il faut s’en préserver absolument. Mais on ne peut s’aimer soi-même que dans la mesure où on aime son prochain, et l’on n’aime son prochain que dans la mesure où on aime Dieu. L’égoïsme consiste à séparer ces commandements. Certains, des narcissiques, pensent à s’aimer eux-mêmes sans aimer personne d’autre. D’autres, des généreux activistes, s’épuisent à aimer les autres, sans prendre soin de leur vie spirituelle. D’autres enfin, des contemplatifs timides, veulent aimer Dieu exclusivement et vivent reclus dans leurs dévotions. Toutes ces attitudes sont désordonnées ; c’est à la mesure de l’équilibre où l’on aime Dieu, soi-même et le prochain qu’on peut trouver un vrai épanouissement moral et spirituel.
Jésus ajoute que la conjonction de ces deux commandements résume tout, « la Loi et les Prophètes », dit-il. C’est dire que celui qui a compris cette logique a tout compris. Il n’y a pas d’autre secret, il n’y a pas d’autre vérité dans la Bible. Mais il ne s’agit pas de comprendre avec sa seule intelligence ; il s’agit de le choisir, et d’en vivre. Demandons à Dieu d’illuminer le cœur des hommes d’aujourd’hui ; qu’il fasse comprendre le bonheur qu’il y a à aimer. Il est temps de bâtir une civilisation de l’amour.   



vendredi 17 octobre 2014

29e dimanche - année A

Vivant dans un système monétaire mondialisé et virtuel, nous ne savons plus très bien ce qu’est une pièce de monnaie. Dans des modèles antiques, fondés à la fois sur un pouvoir royal et sur le crédit des métaux précieux, une pièce de monnaie est un poids d’or ou d’argent marqué du sceau du souverain, son profil et sa devise. C’était une manière de dire que la pièce, et surtout l’or dont elle était faite, était garanti par le prince et, finalement, qu’elle appartenait au prince. Le souverain met son image sur ce qui est à lui, comme pour sceller son autorité, pour imprimer sa propriété sur le métal précieux.



Aussi, lorsqu’on demande à Jésus s’il est permis de payer l’impôt à César (Mt 22, 17), Jésus évite le piège d’une question politique et fiscale délicate ; il choisit de se situer sur un niveau très concret. Au lieu d’entrer dans une discussion périlleuse sur la légitimité ou non de l’occupation romaine et du tribut qu’il faut verser à une autorité païenne, il demande une description de la pièce qui sert à payer le tribut à l’empereur. Et il rappelle ce principe simple de doctrine économique : ce qui porte l’image du César appartient au César (Mt 22, 20-21). Lors donc qu’on paye avec de l’or qui appartient déjà à César, on ne fait donc que rendre ce bout de métal à son premier propriétaire. Les auditeurs sont médusés d’une telle remarque, mais ce n’est là, en fin de compte, qu’une réflexion de bon sens sur la nature de la monnaie métallique. Si on en reste là, Jésus est un bon économiste, rien de plus.
Mais il y a une vérité plus importante qui se cache derrière cette question fiscale. Car, Jésus ajoute qu’il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 21). Qu’est-ce à dire ? De même que la pièce porte l’effigie de César, il faut donc rechercher ce qui porte l’effigie de Dieu. Pour comprendre cela, on doit remonter jusqu’à la Genèse, et se souvenir que c’est l’homme qui a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26). C’est l’homme qui porte l’effigie de son Créateur et qui doit revenir à son Créateur. La vocation de l’homme correspond à sa nature même : il est créé à l’image de Dieu et cela lui confère une dignité inestimable.
Reprenons la comparaison monétaire. Un bout d’or, sans aucune inscription, n’est qu’une matière première. Si ce bout d’or porte une effigie, cela devient une pièce de monnaie. Si l’effigie est celle d’un petit prince provincial, cette monnaie n’est peut-être pas très fiable ; mais si le profil est celui de l’empereur, alors ce bout d’or devient une monnaie forte, à laquelle tous font confiance sur tout le territoire de l’empire. Nous, ce n’est pas l’effigie d’un roitelet que nous portons ; mais c’est de Dieu, c’est du Roi de l’univers que nous portons l’image. Nous sommes une monnaie d’une noblesse telle qu’on n’en peut imaginer de plus haute. Notre dignité consiste ainsi à ressembler à Dieu. Et de même qu’une monnaie forte permet de faire du commerce jusqu’au bout du monde, de même notre ressemblance avec Dieu nous permet de rencontrer tout homme.
Ce que nous sommes capables de rendre à Dieu n’est pas un impôt matériel – nous ne devons rien à Dieu qui nous a tout donné gratuitement – mais parce que nous ressemblons à Dieu, nous pouvons aimer comme lui : nous pouvons l’aimer, lui, et, en lui, aimer tous les hommes. En faisant à Dieu l’offrande de notre foi et de notre amour, alors nous rendons, gratuitement, à Dieu ce qui vient de lui, et nous accomplissons ainsi ce qu’exige de nous l’image que nous portons.


vendredi 10 octobre 2014

28e dimanche - année A

Le contexte de l’évangile que nous venons d’entendre (Mt 22, 1-14) est assurément celui d’une violence généralisée. Les invités n’hésitent pas à maltraiter et à tuer les fonctionnaires royaux (Mt 22, 6) ; le roi n’a pas de scrupule à raser ses propres villes (Mt 22, 7). Cette situation de guerre civile, de féroce brutalité, n’est pas une pure fiction. Cela ressemble à l’état politique et militaire de la terre sainte à l’époque du Christ. Plus précisément, peut-être Matthieu se souvient-il que, en 37 av. J.C., Hérode le Grand, tandis qu’il était en train d’assiéger Jérusalem, abandonna le siège à ses généraux et s’est rendu à Samarie pour épouser Mariammè[1]. Dans de telles conditions, en pleine opération militaire, était-il prudent d’aller au festin des noces du roi ? Etait-il raisonnable de partir de chez soi pour aller à un rendez-vous plein de pièges ? Dans un banquet royal, si le vin coule à flot, il se peut aussi que le poison soit versé en abondance, et le risque est grand d’être assassiné par des révoltés d’un bord ou d’un autre (e.g. Dn 5, 30). Le risque, d’ailleurs, n’est pas que théorique : au festin des noces du Fils, lui, l’époux, a bien été mis à mort. Alors que faire ? Faut-il aller à ce banquet de mariage ?



Ceux qui ont refusé – et ils avaient, on le voit, de bonnes raisons pour cela – sont néanmoins dans l’erreur. Car seul celui qui n’est pas tranquille avec sa conscience peut craindre d’assumer un risque. Certes, il était périlleux d’aller au festin royal, mais, pour autant, refuser de prendre un risque est indigne d’un homme honnête et courageux. Celui qui est serein, qui n’est pas torturé par un reproche de conscience, dont l’esprit est fort, et qui méprise la peur, celui-là est un homme digne de ce nom ; et cet homme-là n’aurait pas renoncé à aller au repas des noces. Ceux qui n’y sont pas venus sont donc des bandits, des violents, ou des lâches – et leur attitude barbare en face des fonctionnaires royaux prouvera amplement qu’ils étaient des hommes mauvais. Et pourtant, ils avaient été invités, ils faisaient partie de l’élite du pays. On voit que l’élite politique était peut-être aussi l’élite mafieuse et que ces hommes étaient à la fois les notables et les caïds. Ils n’ont donc eu que ce qu’ils méritaient : en temps de guérilla, il n’y a pas de places pour les petits délinquants.



Enfin, il y a ceux qui sont venus, qui n’étaient pas prévus au début. Ce sont des sortes de figurants que le roi embauche à la dernière minute pour ne pas laisser désert le banquet qu’il avait préparé – il faut, en effet, échapper à une telle honte. Evidemment, ce n’est pas l’élite ; ce sont des gens modestes. Parmi eux, il y a d’honnêtes gens, et puis aussi des mal-élevés, « des mauvais et des bons » (Mt 22, 10) dit l’évangile, comme pour souligner qu’il y avait plus de mauvais. Et même parmi ceux-là, certains n’étaient pas dignes, qui sont encore cruellement jetés dehors (Mt 22, 13). Alors que penser ? Doit-on dire que la fête est gâchée ? Evidemment, dans tout ce texte, c’est la violence qui domine, et non la joie. Mais dans notre monde aussi, on parle plus de guerre que de paix ; on parle plus de crise que de bonheur. Et pourtant, dans cette société en guerre, malgré la violence des invités, qui sont des meurtriers, malgré les représailles du roi, qui est un guerrier et un tyran, quelques-uns sont parvenus à se réjouir à une improbable noce. Et le Royaume de Dieu, c’est peut-être cela : une fête hétéroclite, “décalée”, au milieu d’un monde à feu et à sang. Ce n’est pas très glorieux, ce n’est pas très serein. Mais c’est pourtant une vraie fête. Ce que Jésus veut dire, je crois, c’est que si, malgré les épreuves de la vie, malgré la violence du monde, nous sommes encore capable d’une joie, tellement inattendue, alors, c’est que, malgré tout, le Royaume de Dieu est encore possible.





[1] L’épisode terrifiant est raconté par l’historien Flavius Josèphe : « Le lendemain, [Hérode] lit couper la tête à Pappos, général d’Antigone, qui avait été tué dans le combat, et envoya cette tête à son frère Phéroras, comme prix du meurtre de leur frère : car c’était Pappos qui avait tué Joseph. Quand le mauvais temps fut passé, il se dirigea sur Jérusalem et conduisit son armée jusque sous les murs : il y avait alors trois ans qu’il avait été salué à Rome du nom de roi. Il posa son camp devant le Temple, seul côté par où la ville fut accessible ; c’est là que Pompée avait naguère dirigé son attaque quand il prit Jérusalem. Après avoir réparti son armée en trois corps et coupé tous les arbres des faubourgs : il ordonna d’élever trois terrasses et d’y dresser des tours ; il chargea ses lieutenants les plus actifs de diriger ces travaux, et lui-même s’en alla à Samarie, rejoindre la fille d’Alexandre, fils d’Aristobule, à qui, nous l’avons dit, il était fiancé. Il fit ainsi de son mariage un intermède du siège, tant il méprisait déjà ses adversaires » (Guerre des Juifs, I, 17, 8). Ce texte, dans son horreur, constitue un témoignage très pertinent pour comprendre le climat de la parabole. 

vendredi 3 octobre 2014

27e dimanche - Année A



« Ces misérables, il les fera périr misérablement » (Mt 21, 41). Cette réponse est très étonnante. Elle permet de définir exactement ce qu’on appelle le “sentiment tragique” : c’est une sorte de panique qui consiste à croire que, parce que je suis méchant, Dieu lui aussi est méchant. C’est un réflexe qui fait penser que, lorsqu’un homme est pécheur, Dieu se retourne contre lui pour lui faire du mal. Ce n’est même pas un Dieu qui fait justice ; c’est un Dieu qui crie vengeance. Ce n’est pas un Dieu sévère ; c’est un Dieu cruel. Cette conception de Dieu est beaucoup plus courante qu’on ne le croit. Certes, deux mille ans de christianisme nous ont un peu déshabitués de cette façon de penser. Mais elle resurgit toujours, çà et là, chez ceux qui ne croient pas en Dieu mais aussi chez des chrétiens qui sont parfois un peu submergés et qui perdent de vue que « Dieu est amour » (1Jn 4, 8 ; 16).
Il faut bien remarquer que ce n’est pas Jésus qui prononce cette sentence. Ce sont les hommes, des coupables, qui appellent sur eux la méchanceté du maître. En fait, la parabole de Jésus ne suggère pas une telle issue. L’image de la vigne est plutôt une image amoureuse (Is 5, 1-2) ; le soin dont on entoure une vigne est, dans la Bible, le symbole des attentions d’un jeune homme pour sa bien-aimée. Ainsi, lorsque le maître confie à ses ouvriers la charge de sa vigne, il leur témoigne déjà qu’il les aime, puisqu’il leur remet la vigne qu’il aime.
Dans la parabole, ces vignerons représentent sans doute les prêtres, à qui Jésus s’adresse ; et la vigne est le peuple. Le rôle des prêtres est de soigner la vigne, de lui faire porter de bons fruits. Mais Jésus annonce qu’à la fin, les prêtres vont tuer le fils. Pourtant, le maître aime le fils, il aime les vignerons, et il aime sa vigne. « Le Père aime le Fils » (Jn 3, 35 ; 5, 20), il aime les prêtres, et il aime son peuple. Et même après l’irréparable, il n’a sans doute pas l’intention de tuer les vignerons. Dieu ne répond pas à la mort par la mort ; ça, c’est le monde tragique où un meurtre doit être réparé par un autre meurtre, et ainsi de suite… Dieu ne répond pas non plus à la mort par une condamnation ; çà, c’est le monde des hommes où un meurtre doit être réparé par un châtiment décidé en justice. Dieu répond à une mort par une absolution : « Père pardonne-leur » (Lc 23, 34) ; il répond à une mort par une résurrection : « Dieu l’a ressuscité » (Ac 2, 24).
C’est pourquoi la réponse donnée par les prêtres est une mauvaise réponse. Elle se fonde sur l’image d’un dieu tragique et cruel, étranger à la révélation biblique. Il faut changer de référentiel ; il faut totalement changer de fondations. Les prêtres avaient écarté la révélation d’un Dieu miséricordieux, « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité » (Ex 34, 6). Certes, nous n’avons pas besoin d’un Dieu injuste ; Dieu est toute justice bien sûr. Mais ce n’est pas un Dieu méchant. Que Dieu soit juste ne l’empêche pas de nous sauver ; qu’il soit rigoureux ne l’empêche pas de nous pardonner ; qu’il soit exigeant ne l’empêche pas de nous aimer, bien au contraire.

Alors Jésus invite les prêtres qui viennent de donner une mauvaise réponse à changer de regard, et à reprendre comme « pierre angulaire » celle qui avait été « rejetée par les bâtisseurs ». Cette expression vient du Psaume 117 ; Jésus indique ainsi où nous pouvons chercher, dans l’Ecriture, de nouveaux principes pour construire. Relisons quelques lignes de ce Psaume :
« Alleluia ! Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, car éternelle est sa miséricorde. Qu’elle le dise, la maison d’Israël : éternelle est sa miséricorde. Qu’elle le dise, la maison d’Aaron – ce sont les prêtres justement – éternelle est sa miséricorde » : est-il question de vengeance ? Et un peu plus loin : « il m’a châtié et châtié, le Seigneur, à la mort il ne m’a pas livré ». Voilà un Dieu exigeant qui ne laisse pas le pécheur dans son péché, qui lui apprend la justice. Mais ce Dieu juste ne conduit pas à la mort, il ne veut pas « la mort du pécheur » (Ez 33, 11) ; il préserve au contraire le fautif pour qu’il ait le temps de se reprendre et d’accueillir le pardon. « C’est là l’œuvre du Seigneur, ce fut merveille à nos yeux. Voici le jour que fit le Seigneur, pour nous allégresse et joie. C’est toi mon Dieu – et pas un dieu cruel ou vengeur je te rends grâce, mon Dieu, je t’exalte. Tu as été pour moi le salut ». Voilà quelle était la bonne réponse que Jésus attendait. Les prêtres n’ont pas su la donner ; la vigne du Seigneur a été confiée à un autre sacerdoce, non plus celui d’Aaron, mais celui du Christ. Le fondement est changé.
Le danger reste pourtant d’imaginer un dieu tragique, une sorte de Dionysos, dieu de la vigne, de l’enivrement, et du meurtre. Pour nous, le Christ est la vigne (Jn 15, 1), nous sommes les sarments (Jn 15, 5), le vin devient son sang versé « pour la multitude en rémission des péchés ». C’est tout autre chose.



jeudi 25 septembre 2014

26e dimanche - année A



Si Jésus avait commencé sa parabole (Mt 21, 28-32) par : « Un homme avait douze fils… », cela aurait été beaucoup plus confortable. « Un homme avec douze fils », on sait de qui il s’agit : c’est Jacob. Et ses douze fils sont bien connus : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issachar, Zabulon, Dan, Joseph, Benjamin, Nephtali, Gad et Aser (cf. Gn 46). L’avantage, c’est qu’ils sont tous Juifs.
Mais ce n’est pas de cela que parle Jésus. Il dit : « Un homme avait deux fils… » (Mt 21, 28 ; cf. Lc 15, 11). De qui parle-t-il donc ? Il ne parle pas d’Adam qui a eu trois fils : Caïn, Abel et Seth. Il ne parle pas de Noé, qui a eu aussi trois fils : Sem, Cham et Japhet. Mais de qui parle-t-il donc ? Il parle soit d’Abraham qui a eu deux fils (Ga 4, 22) : Ismaël et Isaac – soit d’Isaac qui a eu deux fils : Esaü et Jacob. Et c’est là que surgissent les problèmes. Parce qu’il serait infiniment plus simple qu’Abraham n’ait eu qu’un seul fils : Isaac – et qu’Isaac n’ait eu qu’un seul fils : Jacob. Là, on serait en terrain connu. Mais non, Jésus rappelle à ses auditeurs, que, avant d’avoir Isaac, Abraham a été le père d’Ismaël et que, avant d’avoir engendré Jacob, Isaac a eu Esaü. Il n’y a pas de doute possible : Ismaël et Isaac sont frères, Esaü et Jacob sont frères. Certes, les descendants d’Isaac et les descendants d’Ismaël sont fâchés – ils n’en sont pas moins frères pour autant. Les descendants d’Esaü (le pays d’Edom) et les descendants de Jacob (les Juifs) ne s’entendent pas – ils ont pourtant le même père.
« Un homme avait deux fils ». Dès les premiers mots, cette histoire que Jésus va raconter irrite donc. Mais Jésus va plus loin encore. Le premier fils refuse d’aller travailler à la vigne de son père, ce qui n’est pas bien. Dans la mentalité antique, s’opposer à son père n’est pas une preuve de grandeur (cf. Lv 19, 3). Mais, ce mauvais fils opère un mouvement de conversion : « mu par la pénitence » (Mt 21, 29) dit le texte. Et il fait finalement la volonté de son père. Sans doute a-t-il pris du retard ; il arrivera en même temps que les ouvriers de la onzième heure de dimanche dernier (cf. Mt 20, 6). Mais il y va. Le second fils accepte d’aller travailler à la vigne, mais n’y va pas. Le texte ne nous donne pas de raison. Il n’accuse ni n’excuse : il n’y va pas, c’est tout.
Et Jésus, avec une tendre ironie demande lequel a accompli la volonté de son père. Il faut bien comprendre à quel dilemme il pousse ainsi ses auditeurs. Le premier fils d’Abraham, il n’y a aucun doute que c’est Ismaël, et pas Isaac. Il n’y a non plus aucun doute que c’est Esaü qui est né avant Jacob. Et Jésus parle à des descendants d’Isaac, des descendants de Jacob. Et il les force à dire que c’est le premier fils – pas Jacob, pas Isaac ; mais Ismaël, ou Esaü – qui accomplit finalement la volonté du père. Certes, pour ces premiers fils, les affaires étaient mal parties, et ils avaient commencé par refuser la Loi, par refuser la volonté de Dieu. Ni Esaü, ni Ismaël n’ont accueilli la volonté de Dieu ; ni l’un ni l’autre n’ont reçu la législation de Moïse. Et – l’évangile le dit explicitement – ils ont eu à se convertir, à se détourner de leur premier refus. Mais ils ont accompli cette conversion. Et maintenant, sans avoir la Loi de Moïse, sans avoir la Loi des Juifs, ils font la volonté de Dieu. Tandis qu’Isaac, second fils d’Abraham, et Jacob, second fils d’Isaac, se sont engagés à servir le Seigneur dans le cadre de la Loi ; et pourtant, ils ne font pas la volonté de Dieu (cf. Rm 2, 25-29). Le premier fils avait dit non, et s’est repenti ; le second fils a dit oui, et n’a pas tenu parole. Voilà ce que Jésus force ses auditeurs à avouer. On comprendra qu’ils n’aient pas été contents.
Les Juifs de l’époque du Christ savaient, avec grande fierté, qu’ils étaient les fils d’Abraham, et ils n’aimaient pas qu’on leur rappelle qu’ils partageaient cette dignité avec d’autres. Ils n’aimaient pas qu’on leur rappelle qu’Abraham avait eu « deux fils ». Sur ce point, la parole de Dieu se montre plus exigeante que le désir des hommes. Et si la vérité du texte ne s’accorde pas à nos petites pensées, c’est pourtant la Parole de Dieu qui a raison.

Plus qu’une prophétie du refus du Christ par les Juifs et de l’accueil de la foi par les païens, cette parabole nous invite à considérer ce que c’est que d’avoir un frère. On n’est pas obligé de bien s’entendre avec son frère, on n’est pas obligé d’être d’accord avec lui sur tout, on n’est pas obligé de vivre toujours avec lui ; mais on ne peut pas dire : il n’est pas mon frère. Dans le contexte d’un schisme dans l’Eglise en Afrique du Nord, saint Augustin a su redire cela, et avec quelle force : « Bon gré, mal gré, ils sont nos frères… A ceux qui vous disent : “Vous n’êtes pas nos frères”, répondez : “Vous êtes nos frères” »[1]. Parfois nos frères ne nous ressemblent pas, parfois nous avons des raisons de leur en vouloir. Nous devons pourtant toujours dire : « vous êtes nos frères ». Evidemment, ce n’est pas facile. Mais notre relation à Dieu passe aussi par nos fraternités humaines. « Celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère » (1Jn 4, 21).




[1] « Velint nolint, fratres nostri sunt. (…) His qui dicunt vobis : non estis fratres nostri, dicite: fratres nostri estis » (saint Augustin, Sur le Psaume 32 ; II, 29 [Office des lectures du 14ème mardi du Temps Ordinaire]). 

vendredi 19 septembre 2014

25e dimanche - année A

Cette parabole des ouvriers de la onzième heure (Mt 20, 1-16) est vraiment difficile à comprendre. Elle paraît illogique, l’histoire ne tient pas debout : quel patron aurait l’idée de payer le même salaire à des ouvriers qui travaillent une journée et à d’autres qui ne travaillent qu’une heure ? Comment ne pas considérer comme injuste son attitude ? Et comment ne pas considérer comme légitime la déception des besogneux ? Il y a beaucoup de détails dans ce récit qui nous heurtent. Comment faire alors pour mieux lire ?
Remarquons tout d’abord que c’est le maître de la vigne lui-même qui sort de chez lui pour embaucher les ouvriers. Dans les habitudes de l’Orient ancien, le propriétaire confie à un régisseur, à un intendant cette tâche. Là, c’est lui-même qui prend cette peine. Le contexte économique décrit dans cette parabole ne paraît pas être des plus favorables. Des ouvriers sont là qui attendent qu’on les recrute ; cela ressemble fort à une période de chômage. Ceux qui sont reçus en dernier le disent clairement : « personne ne nous a embauchés » (Mt 20, 7). Ainsi, ces ouvriers agricoles savent que leur situation est mauvaise : ils ont des bras, de la force pour travailler, mais l’activité économique est pauvre, et personne ne leur donne de travail. Certains cependant sont pris dès la première heure ; le salaire est fixé à un denier, une pièce d’argent ; c’est un salaire raisonnable permettant de faire vivre une famille modeste. Il n’est pas inutile de savoir comment se faisait la négociation du salaire dans l’antiquité ; on peut aller lire le livre de Tobie : le vieillard Tobie recrute un guide pour accompagner son fils dans un voyage et il lui dit : « je t’engage pour un drachme par jour… et je dépasserai le prix convenu » (Tob 5, 15-16). L’idée est que l’on s’accordait sur un salaire, mais on laissait toujours miroiter la possibilité d’une prime si le travail était particulièrement bien fait, si l’issue était heureuse, si la vendange était plus abondante que prévu. Le salaire fixé était une base, un minimum légalement garanti, ouvrant à l’espérance d’un bénéfice.
On voit ensuite le maître du domaine continuer son manège : il sort périodiquement de chez lui pour embaucher d’autres ouvriers, jusqu’à la fin du jour. Une fois que le travail est achevé, et que le soir est venu, il faut payer leur salaire aux journaliers. Le Deutéronome dit en effet : « chaque jour tu lui donneras son salaire, sans laisser le soleil se coucher sur cette dette » (24, 15). Pour distribuer la paye, le maître du domaine se met en retrait, il envoie son intendant. Celui-ci commence par verser leur salaire aux derniers qui reçoivent un denier ; sans doute ont-ils bien travaillé et reçoivent-ils le salaire d’une heure augmenté d’une prime conséquente. Aussi, les premiers se disent qu’ils vont toucher leur salaire d’un jour, un denier, et en outre une prime très rentable. Déçus, que peuvent-ils faire ? La tentation est grande de refuser ce salaire qui devient ridicule en raison de l’absence de bonification ; ils pourraient protester, en espérant ainsi obtenir mieux. Mais le contexte économique est désastreux et ce serait prendre un grand risque que de rejeter cet argent. Auront-ils le courage d’exprimer tout haut leur humiliante déception ? Ce serait dangereux. Alors ils se mettent à murmurer.
Et là le maître du domaine revient au premier plan. En effet, les critiques ne concernent pas l’intendant, qui ne fait qu’exécuter les ordres ; il faut que le maître parle. C’était la même chose lorsque le peuple murmurait contre Moïse : c’est Dieu lui-même qui était visé (cf. Ex 16, 1-12), et Dieu prenait alors la parole. Le maître en personne intervient donc. Il interpelle le contestataire en lui disant « Ami » (Mt 20, 13). Dans l’évangile de Matthieu, ce nom est ambigu ; c’est ainsi que Jésus appelle Judas au moment où le traître le livre (Mt 26, 50). C’est un mot affectueux qui est adressé à celui qui est en train de se perdre, comme une ultime provocation à revenir vers le Seigneur. Puis le maître invite à un examen de conscience : « faut-il que ton œil soit mauvais parce que moi je suis bon ? » (Mt 20, 15). Evidemment, il n’y a rien à répondre à cela : car c’est dans le cœur de l’homme que se trouve la jalousie qui inspire ces sentiments de révolte et d’aigreur, non dans la générosité du maître. Pourquoi la révélation de la bonté devrait-elle causer jalousies et rancunes ?

Voilà donc pour cette petite histoire. Maintenant que nous la comprenons un peu mieux, que pouvons-nous en tirer ? En racontant cette parabole un peu invraisemblable, Jésus veut faire comprendre à ses auditeurs une idée invraisemblable : c’est que Dieu ne fait pas de différence entre les hommes. Dieu n’a pas de préférés à qui il donne plus ; ou plutôt, Dieu n’a que des préférés à qui il donne tout. Cela, les Juifs n’étaient pas prêts à l’entendre. Ils avaient l’impression que toute la Bible leur disait à longueur de pages : vous êtes les meilleurs, Dieu n’aime que vous, les autres sont des moins que rien. Pourtant Moïse déjà rabaissait les fanfaronnades et les fiertés du peuple. Il expliquait que si Israël a été choisi, ce n’était pas en raison de ses mérites, mais à cause du seul amour de Dieu (Dt 7, 7-8 ; 9, 4-5) ; mais Moïse n’a pas été entendu. Et voilà que Jésus vient dire, en parabole, la même chose que Moïse : les ouvriers de la première heure et ceux de la dernière heure sont pareils ; Dieu aime les uns comme il aime les autres ; il donne aux uns comme il donne aux autres. Il ne donne pas plus aux uns qu’aux autres, parce qu’à chacun il donne tout.
Saint Paul dira cela avec plus de force encore : « Il n’y a plus le Grec et le Juif, il n’y a plus l’esclave et l’homme libre… car tous vous ne faites qu’un dans le Christ » (Ga 3, 28). Comment donc ? Les Juifs ne sont pas mieux que les Grecs païens ? Non ! Les hommes libres ne sont pas plus importants que les esclaves ? Non ! Trop souvent, nous projetons nos grandeurs humaines dans les pensées de Dieu, et nous croyons que Dieu raisonne avec nos catégories. Nous voyons des gens à qui tout réussit, et nous pensons : ils sont bénis de Dieu. Nous en voyons d’autres qui ont des épreuves, et nous disons : Dieu ne les aime pas. Jésus vient donc démentir ce raisonnement trop humain.
Dans la communion eucharistique, nous voyons bien que le Christ se donne totalement : non pas plus aux riches et moins au pauvres ; non pas plus aux bien-pensants et moins à ceux dont la foi est tiède ; non pas plus aux saints et moins aux pécheurs. A chacun, il se donne, totalement. Accepter cela, sans envieuse mesquinerie, sans reproche sournois, est assurément un enjeu de la vie spirituelle.


vendredi 12 septembre 2014

Croix glorieuse

Quarante jours après la Transfiguration, la fête de la Croix glorieuse nous rappelle quel est le fondement de notre foi : le mystère de la mort du Christ. Cette fête peut sembler étrange, tant qu’on pense que la croix serait seulement une chose ; rendons-nous un culte à un bout de bois ? Non bien sûr. Si la croix est présente dans notre foi, ce n’est pas comme un objet mais bien d’une manière spirituelle : par les sacrements, et surtout le baptême (« c’est dans sa mort que nous avons été baptisés » ; Rm 6, 3) et l’eucharistie (qui est le « mémorial » de la Passion[1]) ; par le « signe de la croix » qui ouvre et conclut toutes nos prières ; et, aujourd’hui, par cette fête de la croix glorieuse qui nous invite à méditer sur l’abaissement de Jésus dans la mort et son exaltation auprès de Dieu.



C’est précisément cela que décrit la deuxième lecture (Ph 2, 6-11). Ce texte n’est probablement de Paul. Il semble que l’apôtre cite ici un fragment liturgique, une hymne que les chrétiens de Philippe connaissaient et chantaient lors de leurs assemblées cultuelles. On sait (en particulier par le témoignage de Pline le Jeune[2]) que les premiers chrétiens avaient composé des textes poétiques et théologiques pour chanter la gloire du Christ. Telle est donc, vraisemblablement, la nature et l’usage de ce passage de la lettre de Paul.

Qui est le Christ ? Pline le Jeune disait que les disciples de ce « Christ » lui adressaient des louanges « comme à un dieu »[3]. Ce n’est pas totalement faux, puisque l’hymne se conclut par l’affirmation solennelle : « Jésus Christ, Seigneur ! » (Ph 2, 11). Mais c’est très incomplet car, avant que les croyants n’affirment la divinité de Jésus, le Christ a d’abord nié sa propre divinité pour venir parmi nous : « lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer d’être traité à l’égal de Dieu » (Ph 2, 6). Il faut voir comment ce texte révèle un mystère insondable et bouleversant : Dieu préfère notre humanité à sa propre divinité, au point de mettre de côté sa prérogative divine pour venir au secours des hommes dans leur coupable détresse. Il accepte de s’anéantir à notre profit, de se déposséder de lui-même en notre faveur.
Qui est le Christ ? La réponse de ses contemporains est sans hésitation : « il fut reconnu comme un homme » (Ph 2, 7), voilant le mystère de son origine divine sous les traits d’une humanité ordinaire. Ses compagnons ne pouvaient qu’ignorer qu’il était Dieu. Ils voyaient un homme, comme eux-mêmes étaient des hommes ; et s’il leur avait dit d’emblée : « je suis Dieu », ils l’auraient pris pour un fou. Alors que notre société est devenue athée, nos asiles accueillent encore ceux qui prétendent être Dieu ! A quoi pouvait-on voir qu’il est Dieu : « il s’humilia lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, la mort en croix » (Ph 2, 8). Qui pouvait mourir en croix, sinon les bandits, les malfaisants, la racaille du monde ? A l’époque, les criminels honorables, les notables délinquants échappaient à cette honte ; la croix, c’était le supplice des voyous, des minables. Et c’est comme cela que lui est mort. Osera-t-on dire qu’il est mort pour une cause ? Aux yeux des hommes, il n’était qu’un petit rabbin juif à la doctrine étrange, mi-thaumaturge, mi-agitateur, qui n’avait regroupé autour de lui qu’une douzaine de médiocres. Il a eu la mort pitoyable d’une vie ratée.



Qui est Jésus ? « C’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 9). Que signifie le verbe « exalter » ? Jésus est-il revenu des morts pour se venger d’Hérode et de Caïphe ? S’est-il montré à Ponce Pilate pour le maudire ? Non. C’est dans le secret de Dieu que Jésus est passé de la mort à la vie. Et cette résurrection n’a pas été triomphe ni vengeance. Cette résurrection fut Eglise. Que veut dire que « tout genou fléchisse » devant lui (Ph 2, 10) ? A-t-il réduit en esclavage ses bourreaux ? A-t-il mis ses juges en prison ? Non. Il a envoyé ses apôtres aux hommes, afin qu’ils se convertissent. C’est le ministère des évangélisateurs qui est ici décrit. S’il est reconnu maintenant comme « Seigneur » par ceux qui croient en lui, ce n’est pas une revanche qu’il prend sur ses accusateurs. Ce n’est pas pour lui qu’il a cherché l’honneur, mais afin que l’humanité puisse s’épanouir dans « la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 11). 

Il fallait tout cet itinéraire compliqué, qui passe par l’incarnation (secrète), par la mort (honteuse), par la résurrection (attestée par douze pauvres témoins), pour que l’humanité comprenne que Dieu n’est pas son ennemi. Il fallait que le Christ souffre pour que les hommes acceptent d’être eux-mêmes, dans la justice et la vérité, la fierté de Dieu. En regardant cette croix glorieuse que la liturgie nous donne à voir aujourd’hui, osons affirmer la seigneurie de Jésus au profit de tout homme.




[1] « Seigneur Jésus Christ, dans cet admirable sacrement, tu nous as laissé le mémorial de ta Passion. Donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang, que nous recueillions sans cesse les fruits de ta rédemption » (oraison de la messe du Saint Sacrement).

[3] « Ils assuraient que toute leur erreur ou leur faute avait été renfermée dans ces points : qu’à un jour marqué, ils s’assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient tour à tour des vers à la louange de Christ, comme s’il eût été dieu ; qu’ils s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, ni d’adultère ; à ne point manquer à leur promesse » (Pline le Jeune, Lettre X, 97).